Ce blog est consacré au bouledogue.
Extrait du livre "Bouli" de Britta Jaschinski
Dédaignés et pourtant aimés : Ascension des Boulis...
Qui se cache derrière ce chien aux oreilles de chauve-souris, à la tête massive et au museau plat ?
Qui est ce drôle de chien tout à fait français alors qu'il n'était naguère qu'un inutile bulldog anglais ?
Inutile car les couches populaires britanniques, amatrices de combats de chiens, poussaient cet animal dans l'arène, jusqu'à temps qu'ils n'aient plus le droit de parier sur les petits dogues poussifs.
Tisserands et dentellières de l'East London et de Nottingham, en vue d'améliorer leurs revenus, élevaient le chien pour la lutte. Mais en 1835, une interdiction stricte mit un terme à ces combats sur le territoire britannique. Dès lors, il n'est donc pas étonnant qu'on ignora, voire qu'on bannit du pays, l'animal à la peau du crâne plissée, le "petit chien de combat".
Ce fut d'ailleurs pour lui une chance car il en avait peu de sortir indemme de ces étranges plaisirs humains.
Une loi mit également un terme à un autre divertissement, non moins brutal, qui mettait en scène ce chien m le bull-baiting (soit la chasse au taureau). Les chiens étaient entraînés et formés à mordre les taureaux - d'où leur nom (bulldog, francisé en "bouledogue", vient de "bull" qui signifie taureau et de "dog" qui signifie chien, et leur surnom (bully, "bouli" en français).
Le taureau sexuellement mature, et donc agressif, était attaché et ses cornes étaient émoussées afin que le jeu cruel ne se termine pas trop rapidement par l'embrochement habile du chien.
Tout était imaginé avec une telle perfidie que pendant cette horrible attraction le taureau aussi pouvait perdre la vie.
Pour cela David, le chien, n'avait qu'à mordre assez souvent à la gorge Goliath, le taureau. Pour pouvoir mordre l'adversaire, le museau du chien devait reste plat, seul moyen de continuer à respirer.
Ce fut donc une bonne chose quand au milieu du 19ème siècle l'époque hargneuse des dogues prit fin. C'est alors que la France devint leur nouvelle patrie : de nombreux tisserands et dentellières de Nottingham quittèrent l'Angleterre pour trouver du travail dans les usines de textile récemment apparues en Normandie. Ils emmenèrent avec eux leurs chiens. Bien que dans cette nouvelle contrée non plus les combats de chiens ne fussent pas autorisés, l'élevage continua, la plupart du temps sans but spécifique, mais pas toujours.
Après tout, ces chiens se montraient très efficaces pour attraper les rats. Ils eurent donc leur heure de gloire en tant que ratier.
Et surtout, les propriétaires les moins préoccupés par l'usage pratique qu'ils pouvaient faire de leur animal, appréciaient la compagnie de leur ami à quatre pattes.